Aujourd’hui, j’ai beaucoup ri lorsque mon ami Benoit a affirmé que “s’il était une femme, il serait marié à Steve McQueen”. J’ai beaucoup ri, certes, pour tenter de lui dissimuler que “si j’étais une femme, je serais marié à lui”.
Décrochage scolaire Samedi, 27 septembre 2008
Les études universitaires développent la pensée, transforment l’esprit, nous apprennent à penser autrement. Du moins, c’est ce qu’on en dit. Si j’ai appris une chose au cours de mon baccalauréat en enseignement du français au secondaire, c’est le décrochage qui est dans le cas présent, non seulement un apprentissage, mais aussi un besoin que l’on pourrait presque ajouter à la base de la pyramide de Maslow.
Ces derniers temps, on dirait que le besoin de décrocher se fait sentir plus que jamais autour de moi. Même mon amie Mélanie que l’on pourrait béatifier pour sa rigueur académique a songé abandonner son bac en enseignement pour se tourner vers un cours au Collège de secrétariat moderne. Quatre ans, c’est long. Quatre stages, c’est beaucoup.
Une chance qu’on s’aime. Étudier en enseignement à l’UQÀM, c’est un peu comme refaire son cours secondaire avec tout ce que ça implique. Il y a des hots, des rejets, des nerds, aussi appelé les sacoches. Les couteaux volent bas et malgré toutes nos bonnes résolutions d’agirent en adulte civilisé et mature, la tentation est trop forte. Enfermés dans les locaux de l’UQÀM à l’atmosphère kafkaïenne et assis à des bureaux qui nous rappelle la polyvalente, on peut suivre le vol d’un avion de papier, faire des mauvais coups dans le fond de la classe comme on le ferait à l’arrière d’un autobus scolaire, dire des choses aussi triviale que “le prof pu” ou partir de fausses rumeurs sur des bouts de papier que l’on plie savamment avant de se les échanger non sans avoir élaborer un quelconque stratagème pour ne pas se faire prendre.
Le week end venu, on continue de décrocher. On sort le vendredi, on est lendemain de veille le samedi et on passe la journée à se dire qu’on va commencer tel ou tel travail. On ouvre Word pour se donner bonne conscience, on nomme le document et on en fait une sauvegarde dans le bon dossier sur son ordinateur parce qu’on est organisé… On écrit une phrase ou deux pour se convaincre qu’on a travaillé, puis on regarde l’heure. Cinq heures ont passé je ne sais où. Il faut que j’aille travailler.
Messages textes diurnes Jeudi, 25 septembre 2008
Benjamin
Comment tu dis à une fille que son chum est gay ?
Alex
Tu parles de mode avec son chum. Ses inhibitions vont tomber d’un seul coup
Benjamin
Le nom de famille de son chum c’est “Lavender”… Haha
Insomnie Jeudi, 25 septembre 2008
J’étais pourtant bien résolu à me coucher de bonne heure. Je dois me réveiller tôt demain matin; pas question de glander dans le lit. Je rencontre un immigrant nouvellement arrivé au Québec à 9h30 du matin et il n’est pas question d’être en retard. Comme Gérald Godin l’a écrit sur le mur à l’arrière du métro Mont-Royal. [ http://www.metrodemontreal.com/art/industries-perdues/tango-f.html ]
Ça se lève de bonne heure
ce monde là
Je suis présentement inscrit dans un cours intitulé Problématiques interculturelles à l’école québécoise que j’ai malencontreusement appelé l’autre jour mon cours de racisme. La professeure nous demande de participer à un jumelage. À deux, nous devons rencontrer un immigrant dans le but de l’aider à s’intégrer à la société québécoise. Nous disposons de 3h pour lui faire connaître la ville, le Québec, le Canada, le français, ou autre. On peut l’emmener dîner, déjeuner, visiter le musée de la Pointe-à-Callières ou autre… Je demeure dans le néant quant au autre. Un peep show: ça rentre-tu dans autre ça ? J’ai bien pensé l’emmener faire du hiking dans la montagne ou encore lui préparer un joli scrapbook ayant pour thème la ville de Montréal pour lui souhaiter la bienvenue. Mais comment savoir si mon invité aime le plein air ? Et en fait de collimagie, je doute fort d’avoir quelconque talent.
De plus, l’activité me semble avoir des relents colonialistes. L’idée en soit n’est pas mauvaise, mais très malaisante. Ces immigrants doivent nous rencontrer dans le cadre de leur classe d’immersion française et nous dans le cadre d’un cours de racisme. L’idée semble charmante, mais peut être que notre invité n’aura aucune envie de nous rencontrer, Joelle et moi. Et quel est l’intérêt de passer trois heures avec une personne que je ne reverrai probablement jamais. L’activité est si artificielle que j’ai l’impression de jouer dans Degrassi et de devoir m’occuper d’un oeuf pour simuler la maternité.
Ce genre d’activités crée une fausse impression d’engagement social; un faux-semblant d’altruisme et d’ouverture sur le monde. Dans le même ordre d’idée, alors que Benjamin travaillait pour une grande firme montréalaise, les dirigeants de la compagnie avaient organisé une visite du quartier Hochelaga-Maisonneuve pour les employés. Le hic, c’est que cette visite se faisait en autobus ! Benjamin et moi s’étions imaginé les employés cloîtrés dans l’autobus qui, comme au Parc Safari, nourissaient les petits enfants pauvres par la fenêtre du car. Cette image me fait rire à chaque fois qu’elle me vient en tête. Je divague parfois jusqu’à me figurer les enfants amaigris qui se précipitent devant le véhicule ou encore qui tente de s’y aggriper et, à l’intérieur, les secrétaires en tailleur, mi-appeurées, mi dégoûtées, qui s’écartent des fenêtres.
Pour en revenir à notre jumelage, qui aura lieu dans un peu plus de 6h, Joelle et moi ne savons toujours pas comment occuper le temps. C’est pourquoi je dois la rencontrer à 8h30 demain matin, en espérant que, dans nos esprits encore engourdis de sommeil, saura jaillir la flamme. Pour la même raison, je devrais être assoupi en ce moment. J’ai pourtant utilisé des méthodes de relaxation traditionnelles et non traditionnelles, mais le sommeil tarde à venir. Ça m’aura au moins donner la chance de vous écrire ce billet en fumant une cigarette.
J’étais pourtant bien résolu à me coucher de bonne heure, mais l’insomnie a eu raison de moi.
Messages textes nocturnes Mercredi, 24 septembre 2008
Joelle
Penses-tu que l’hymen de la cheerleader de Heroes repousse à chaque fois qu’elle baise ?
Alex
Oui. Mais pas celui d’Hayden Panettiere…
Chroniques queer no 1 Mercredi, 24 septembre 2008
Je me souviens qu’enfant, ma mère m’avait une fois dit que je devrais faire des efforts pour ressembler un peu plus aux autres garçons. Pas par homophobie. Loin de là. Elle voulait plutôt éviter que je sois exposé à des comportements homophobes. Elle m’avait alors dit que les autres enfants riraient moins de moi si je ressemblais plus à mon père et mon frère et que j’agissais plus comme eux.
Avant ce jour là, je n’avais jamais vue la différence entre mon frère et moi. Mon frère aimait se chamailler. Pas moi. Mon frère plaçait stratégiquement ses figurines de G.I. Joe dans leur base militaire; je plaçais esthétiquement mes poupées, celle de la série Shera the Princess of Power, dans leur château. Mais pour moi, nos intérêts divergents, ne l’était pas plus que des préférences alimentaires. Mon frère aimait les olives; les olives Manzanilla toutes rondes comme un sein avec le piment qui trône au centre comme un mamelon. Pas moi. (je n’aime pas non plus les bananes)
C’est à ce moment là que j’ai réalisé pour la première fois que j’étais différent, marginal, sans savoir toutefois quelle était ma différence. J’ai donc commencé, suivant les conseils de ma mère, à observer mon frère et mon père avec une certaine curiosité, mais surtout avec beaucoup d’incompréhension. Leur démarche, leur façon de parler, leurs moindres gestes. J’ai tenté de les imiter, mais sans succès.
Je me suis dit (ou ma mère s’est dit) que ce serait peut être une bonne idée de refaire ma garde-robe. J’ai donc commencé à aller magsiner avec mon frère. Je suis rentré à la maison portant fièrement une belle chemise blanche en demin avec, cousue à la poche, la fameuse étiquette rouge de Levi’s. Est-ce que cette chemise ferait de moi un homme ? Non. Probablement jamais et probablement aucune autre chemise non plus.
Le secret: Ordre et beauté, rut et frigidité Lundi, 22 septembre 2008
Avec l’arrivée de l’automne qui, je vous le rappelle, au risque de sonner comme une météorologue de météomédia, se fera aujourd’hui à 15h44, je me dois de vous faire part de ma théorie du rut. Oubliez la loi de l’attraction proposée par Rhonda Byrne dans Le secret. Le véritable secret, c’est celui que je m’apprête à vous révéler. Célibataires endurcis, ouvrez grandes vos oreilles.
Alors que mes amis et moi rentrions fourbus d’une caravane estivale qui nous avait mené au coeur de la Nouvelle Angleterre; alors que je devais encore une fois, déjà, me réveiller tôt pour aller à l’école le lendemain, il m’apparut clair que la saison des amours se terminait sur un trop persistant célibat. En appel conférence avec deux de mes amis, j’exposais mon désarroi et tentais de démontrer que septembre était un bien mauvais mois pour rencontrer un “bon parti” et qu’ainsi, je devrais patienter, au moins jusqu’aux pluies froides de novembre, avant de pouvoir remédier à ma condition célibataire.
C’est ainsi que j’entrepris de refaire le calendrier grégorien en le découpant en 5 périodes. Les grands ruts (deux périodes annuelles), seules périodes de l’année où il est possible de tomber amoureux étant donné que durant les trois autres division annales, les grandes chaleurs, la grande fatigue et le grand froid, les gens perdent le cap et toute leur objectivité. Résultat: impossible de trouver l’Amour.
L’année commence le 1er janvier avec Le grand froid qui s’étend jusqu’aux premières chaleurs. C’est une période d’hibernation et de frigidité absolue. Seul un amour aveugle pourrait supporter la vue du surplus de poids et du teint maladif que l’on arbore à ce temps de l’année.
Après la venue du printemps, dès que le mercure dépasse la barre des 20°C, vous remarquerez le retour de la frivolité. Le rut de printemps, cette période de l’année, trop souvent négligée, devrait plutôt être célébrée au champagne. Les filles sortent du placard robe soleil et hot pants, les garçons enlèvent leur pull pour passer la tondeuse et même les skieurs dévalent les pentes en camisole. On veut plaire; on veut s’amuser; on veut surtout s’aimer.
L’arrivée de l’été, le 21 juin, et de ses affolantes canicules plonge les gens dans un état d’exaltation génitale incommensurable. Les hanches roulent sous les yeux qui s’écarquillent, mais comme vous le savez déjà, les hanches mentent… Décidément, la période des Grandes chaleurs est une très mauvaise période pour rencontrer l’amour de sa vie.
En septembre, épuisés par cette drague effrenée, les gens rentrent à la maison esseulés; désabusés ou abusés, c’est selon. Les premiers jours de l’automne apportent avec eux La grande fatigue. On reste à la maison pour renflouer le porte-feuille et certains prolongent la période caniculaire en achevant d’user un amour d’été éculé. Vaut mieux demeurer seul sur le canapé et se remettre en question pour une énième année.
Un peu d’introspection et de religiosité ne peuvent faire de mal et c’est pourquoi, dès la Toussaint, les dévots et dévotes seront récompensés. En effet, cette grande fête religieuse amène avec elle le très attendu Rut d’automne. Les pluies glaciales de novembre donnant envie de s’enfermer dans un cocon amoureux. L’appréhension des Fêtes avec l’idée d’y être mal accompagné ou de ne pas l’être du tout terrifie les gens. C’est une excellente période de l’année pour s’engager.
J’espère que cette savante analyse de la drague saura vous être utile. Plusieurs de mes amis en couple depuis longtemps se sont opposés à mes théories révolutionnaires en prétextant ne pas avoir rencontré l’amour durant l’une ou l’autre des périodes de rut. Cependant, je suis convaincu qu’ils représentent une minorité, soit l’exception qui confirme la règle…
Dimanche gras Dimanche, 21 septembre 2008
En finissant de travailler hier soir, j’étais très excité par les 38 heures de congé que j’avais devant moi. Je compte les congés en heure parce qu’après 25 jours de travail ou d’école ou des deux sans interruption, chacune des heures de congé compte.
Hier soir, en sortant du restaurant, mon ami Maxime et moi sommes sautés dans un taxi pour nous rendre au Unity où nous découvrîmes un Benjamin en beau fusil après s’être fait cavalièrement verser un drink complet sur lui par le chum jaloux du gars qu’il lorgnait. Unity… tu parles d’un nom pour un bar gay… C’est sans doute pour ça qu’on s’est mis à appeler ça le U. C’est plus court et c’est surtout moins engageant. De toute façon, comme une amie avait déjà dit à l’époque où je passais tous mes week ends dans les raves, “le PLUR, c’est out”. Le PLUR pour Peace, Love, Unity & Respect était à la base du mouvement candy raver. Je me demande encore aujourd’hui comment ces valeurs peuvent passer de mode…
Donc,pour ceux qui auraient pu éprouver de la pitié à la lecture du récit de mon vendredi soir ratée, vous pouvez vous consoler, j’ai tout de même eu la soirée que j’espérais; Simon, Joelle et les glitters en moins, mais Patrick juché sur le bar, se déhanchant en sous-vêtement en extra.
J’ai bien tenté de faire le beau, voire la pelotte, pour ne pas rentrer seul, mais tous mes efforts n’ont su être récompensés. Ne me jugez pas, quand on est célibataire et qu’on n’a qu’une journée de congé par semaine, il faut savoir saisir toutes les occasions, sinon, comme le dit la chanson: on est “sujette à rester en arrière” faute de se faire prendre par derrière ou comme dirait Joelle, en levrette.
La soirée s’est inévitablement terminée autour d’une poutine du Club Sandwich pour laquelle nous avons dû attendre longuement. Notre attente à toute fois été agrémentée d’une partie de Quelques arpents de pièges grâce au sachet de ketchup Heinz sur lesquels on imprime maintenant des questions extraites du jeu de table.
Je suis tout de même rentré chez-moi à 4h du matin en arborant un sourire de satisfaction. Peu fatigué toutefois, je suis allé lire le blogue de Joelle auquel j’ai finalement pu accéder et qui m’a à la fois ému et fait rire en plus de me faire découvrir une facette de sa personnalité qui m’était inconnue. Vous pouvez maintenant, vous aussi, aller lire le récit de ses tribulations, la prendre ou ne pas la prendre pour modèle, c’est selon, mais surtout, suivre ses conseils; je vous ai laissé l’adresse de son blogue dans mon blogroll.
Lorsque je me suis finalement endormi, il devait être environ 5h du matin. Je n’avais nulle envie de me coucher plus tôt afin de profiter pleinement de chacune de ces 38 heures de congé que j’avais devant moi. C’est le dilemme auquel on doit faire face lorsque nos journées de congé sont comptées. Dormir ou ne pas dormir. Il est toujours tentant de dormir jusqu’à midi, mais c’est un couteau à double tranchant, car si la matinée est grasse, la journée, elle, est bien maigre. C’est tout de même l’option que j’ai choisie.
J’ai occupé cette maigre journée à faire des choses bien grasses. Du déjeuner au souper, de la recette de pâte à tarte de Martha qui commande une demi livre de beurre, au beurre blanc de Thomas Keller qui en contient un quart de livre; j’ai passé ma journée à cuisiner et à manger. J’agrémente d’ailleurs cette entrée d’une photo de la tarte à la confiture de raisins, maison bien sûr, que j’ai préparée cet après-midi.
Benjamin et moi nous en sommes délecté en buvant un verre de lait avant de terminer ledit verre de lait en fumant une cigarette.
J’ai trouvé la conjonction des deux amusantes. Premièrement, parce qu’en plus d’être source de vie, le lait a pour corollaire la santé et l’enfance. Fumer une cigarette en buvant un verre de lait c’est en quelque sorte unifier la vie et la mort.
Je viens tout juste de trouver (avec l’aide de Benjamin) un passage de Mythologies dans lequel Barthes décrit le lait dans des termes semblables aux miens, mais en l’opposant, lui, au vin.
Le lait est contraire au feu par toute sa densité moléculaire, par la nature crémeuse, et donc sopitive, de sa nappe; [...] le lait est cosmétique, il lie, recouvre et restaure. De plus, sa pureté, associée à l’innocence enfantine, est un gage de force, d’une force non révulsive, non congestive, mais calme, blanche.
On dirait qu’il écrit mieux que moi. C’est sûrement juste une impression. Tentons un exercice d’écriture.
Le pastiche
La cigarette est égale au feu par toute sa nocivité cardiovasculaire, par la nature vaporeuse, et donc sopitive, de sa fumée. La cigarette est esthétique (oui, desfois c’est sexy), elle délie, réconforte et restaure (après l’amour). De plus, son impureté est un gage de toux, d’une toux répulsive, congestive, grasse, noire.
Ok. J’abdique… peut être qu’il écrit mieux que moi. Un peu.
Ma vie sexuelle comme un jeu de serpents & échelles Samedi, 20 septembre 2008
Je crois qu’avant toute chose, je dois justifier le choix que j’ai fait de nommer mon blogue Ma vie sexuelle comme un jeu de serpents & échelles. D’abord et avant tout, parce que je trouve amusante, l’idée de percevoir ma vie comme un simple de jeu de parchésie. Que ce soit le destin ou le hasard qui coordonne nos allées et venues dans le monde, nos hauts et nos bas, on ne peut nier le caractère aléatoire que prend parfois notre existence. Comme si la terre était une planche de jeu immense sur laquelle des enfants, quelque part, sans doute enfermer dans une tente-roulotte par une journée pluvieuse, s’amusaient à déplacer les pions, i.e. nous, sans trop comprendre les règles du jeu. Combien n’ai-je pas malmener les destinées de Mlle Scarlett et du Colonel Mustard étant enfant.
Le jeu de serpents & échelles, pourtant d’une grande simplicité, est aussi un des jeux les plus frustrants auquel il m’ait été donné de jouer. J’aurais tout aussi pu choisir le jeu de Risk, que je déteste au plus au point à cause des criantes injustices qui l’habitent, mais Risk est beaucoup trop compliqué pour représenter la vie. De plus, je trouvais la dimension stratégique du jeu, ou plutôt l’illusion d’être de véritables stratèges militaires que les adeptes ont en y jouant, beaucoup trop systémique pour représenter la vie.
En fait, je ne crois pas que le monde soit beaucoup plus compliqué qu’un jeu de serpents et échelles. Les cases vierges représentent nos jours sans anicroche dont on se lasse rapidement parce qu’on a l’impression d’être vide, parce que c’est le calme plat. Pourtant, ces jours de trève, que l’on pourrait décrire comme une sorte de plateau, ne sont ni particuièrement heureux, ni malheureux et malgré tout on supporte difficilement ces passages à vide parce que dans le calme, on ne sent pas vivant.
Et ensuite, bien sûr, il y a toutes ces échelles, tous ces serpents que l’on grimpe ou que l’on dégringole. Et c’est là tout le charme de la vie, c’est la que le véritable plaisir prend racine. Bien évidemment, on préfère jouir et souffrir à mourir. Quelle constatation éculée !
Mon blogue aurait pu s’intuler Ma vie comme un jeu de serpents & échelles, mais c’est tellement plus joli quand ça rime et tout ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas besoin d’un dictionnaire de rimes ni de longue réflexion ni d’user de quelconque stratégie d’écriture pour faire rimer échelle avec sexuelle. Le nom me semblait tout indiqué en plus de revêtir un caractère analogique, peut être même anthropologique, très intéressant, en lien avec nos vies sexuelles, encore plus intimement lié à la vie sexuelle d’un jeune homosexuel dans la vingtaine vivant à Montréal à l’aube du XXIe siècle.
Je vous propose donc cette analyse de la vie sexuelle à partir d’un jeu de serpents échelles, mais en y réfléchissant bien, je suis certain que vous seriez en mesure d’expliquer la tournure que prennent les autres sphères de vos vies, tout ça à l’aide d’un jeu de serpents et échelles, et je vous saurais gré de bien vouloir me faire part de vos analyses. Peut être qu’avec suffisamment d’analyse, je pourrais publier un livre qui deviendrait le document fondateur d’un nouveau courant philosophique que je baptiserais le parchéchisme, prononcer à la française bien sûr.
Alors, voici ma proposition: la vie sexuelle est comme un jeu de serpents et échelles parce que, premièrement, même si on refuse parfois d’y croire ou que l’on se vautre dans un parfait déni, la sexualité est un système extrêmement hiérarchisé. Benjamin et Patrick parle souvent d’ailleurs d’un système de castes. Alors qu’une échelle vous permettra de coucher avec quelqu’un d’une classe plus ou moins élevé à la votre, le serpent, désormais visqueux, ou vous, c’est selon, vous fera rapidement reprendre les esprits que vous aviez égarés quelque part dans le septième ciel et vous ramènera rapidement à la dur réalité ou pire encore vous fera glisser dans une caste inférieure à la vôtre lors d’une soirée bien arrosée. Ceci est sans compter toutes les fois ou des gens d’une caste inférieure à la vôtre seront parvenus, par une chance inouïe, à se hisser au haut d’une échelle qui les mèneront dans votre lit…
Dans un petit cercle comme le village gay (ou comme une cohorte universitaire) vous pourriez vous aussi vous etre piégé dans une impasse circulaire, un peu comme quand on tourne en rond aux jeux de serpents & échelles: pogne l’échelle, pogne le serpent, pogne l’échelle, pogne le serpent, pogne l’échelle et ainsi de suite… ce qui pourrait, à l’instar du personnage de Samantha dans Sex and the City, vous donner une désagréable impression de déjà-fuck.
Maintenant vous savez que ce n’est pas perversion que j’ai intitulé mon blogue ainsi et je ne passerai pas mon temps à vous casser les oreilles avec des récits puisés à même ma vie sexuelle étriquée. Je ne vous fais toutefois pas la promesse de ne jamais en parler. De toute façon qui va me lire si je ne parle jamais de ma vie sexuelle. Y as-tu vraiment quelqu’un qui pense encore que je suis vierge (ou pire hétéro) ?
Un vendredi ordinaire Samedi, 20 septembre 2008
Morne ? Terne ? Vide, peut être ?
J’ai tendance à utiliser le vocabulaire de manière abusive je crois. Ordinaire. Ordinaire serait plus approprié pour décrire ce vendredi soir.
Ordinaire, comme le dit le Robert bien sûr, “Conforme à l’ordre normal, habituel des choses; sans condition particulière”, mais de la même manière “ordinaire” comme dans l’expression québécoise contemporaine : “C’t'ordinaire” pour affirmer que quelque chose est décevant.
Je ne sais pas trop ce à quoi je m’attendais en ce vendredi soir du 20 septembre 2008. Un vendredi soir ordinaire comme l’été qui nous quittera dans 2 jours, soit lundi à 15h44. Un été ordinaire, entre autres, au risque de choquer par le manque de profondeur de ce commentaire, à cause de la mauvaise température qui a sévie (vous voyez bien que j’abuse des mots), mais surtout parce que cet été, je l’ai passé le cul sur la paille, parce que j’y ai perdu ma job, sans oublier le fait que la chance ne m’aie pas sourie au cours du dernier grand rut de printemps. Un été toutefois heureux au travers duquel j’ai navigué souplement au côté de mes meilleurs et fidèles amis. Ces mêmes amis qui ce soir semblait nager dans des eaux différentes des miennes. Je dois avouer souffrir par moments d’un besoin de socialisation intense et irrépressible, mais je me suis dompté avec l’âge; je suis plus posé, pour ainsi dire.
Alors que fait tout ce beau monde ce soir alors que moi j’ai envie d’une soirée endiablée entouré de mes meilleurs amis; des vapeurs de l’alcool qui montent à la tête jusqu’aux glitters qui tombent du plafond (sur nos têtes bien sûr) ? Pourquoi ne pas faire une liste de leur occupation respective. Une liste. C’est plate ça une liste. C’est ordinaire une liste, au sens ordinal. Oui, une liste, ça représente bien ce vendredi soir ordinaire.
- Joelle, mon amie et collègue universitaire parfois un peu zélée (et drama queen) et qui m’assassinerait probablement si elle savait que j’étais en train de parler d’elle ainsi (et elle va sûrement le savoir demain matin), a décidé de prendre rendez-vous avec son superviseur de stage à peine deux semaines après le début de la session. J’aime bien m’imaginer qu’elle l’a fait pour avoir l’air d’une étudiante entièrement dédiée à ses apprentissages et pour éviter, comme moi, d’avoir l’air de ne pas s’impliquer en prenant son rendez-vous le plus tard possible, à l’heure la plus tardive possible (parce que j’avais peur d’être en retard si je le prenais trop tôt – pourquoi se réveiller à 6h30 du matin pour aller rencontrer un superviseur de stage; je ne comprendrai jamais). Toujours est-il que Joelle a pris son rendez-vous sans considérer l’ampleur des travaux qu’elle devait lui remettre en ce beau lundi matin du 22 septembre. C’est ce qu’elle fait ce soir…
- Simon, mon ami indécis qui ne peut jamais se décider à faire quelque chose plus de 5 minutes avant l’heure de l’événement en question, ne semblait toutefois pas enclin à faire la fête ce soir. Il faisait un devoir qui aparemement faisait partie d’une longue série de devoirs. Il est étudiant au bac, mais me semble-t-il et à l’écouter parler son programme exige la rédaction d’une thèse doctorale de manière hebdomadaire. Aussi parfois hypocondriaque (qui suis-je pour parler), il croyait être tombé malade (sans doute au cours de ses treize heures de sommeil dans la nuit de jeudi à vendredi).
- Patrick, mon ami-vidéoclip, regardait des vidéoclips, seul dans son salon au cours de cette soirée qu’il a lui même baptisé les vendredis pot/poppers. Je me questionne encore quant à ce qui motive quelqu’un a consommé des poppers en regardant des vidéoclips. Je devrais peut être me renseigner un peu plus sur les fétiches. Cette liste me semblait pourtant exhaustive [http://www.thefetishlist.com/definitions.htm] et le fétiche des vidéoclips n’y figure pas…
- Benjamin, mon meilleur ami et colocataire semblait willing pour faire quelque chose si le monde faisait quelque chose. Compréhensible, grosse semaine à l’école. Je ne sais pas pourquoi, on dirait que je suis plus compréhensif avec Benjamin. Peut être que je suis comme un petit animal bien dressé. On a fini, fidèles à nos habitudes, par jouer un match de Quelques arpents de pièges où je me suis fait complètement torché et au cours duquel j’ai appris que l’inconnu Johnny Ray avait eu un tube très populaire intitulé Cry en 1952, que dans les ligues professionnelles, on jouait au baseball le soir seulement depuis 1935 et qu’en 1964, Michael Caine jouait aux côtés de Shirley MacLaine dans le célèbre film Un hold-up extraordinaire.
Tout ça pour dire qu’à minuit tapant, après une dizaine de coups de téléphone (est-ce que c’est une expression lexicalisée ça ?) tristement infructueux, je me suis retrouvé seul dans ma cuisine à regarder la finale olympique masculine des exercices au sol sur le site de Radio-Canada avant de chercher sur Internet si Kyle Shewfelt ne serait pas gay. Il ne l’est pas.
Soudain, j’ai une idée de génie ! Je vais aller lire le blogue de mon amie Joelle auquel je n’ai jamais accédé et que je n’ai jamais lu. Quelle ne fut pas ma déception en me rendant compte que son blogue était privé et qu’elle devait m’autoriser afin que je puisse accéder à sa page. J’ai pensé la réveiller à 1h20 du matin pour lui demander de m’autoriser, mais suis revenu sur ma décision… C’est alors, qu’avec une très grande inventivité et tous les tours dans mon sac, je me suis dit: “Si je ne peux pas lire un blogue, je vais en écrire un.”
Inspiré par Joelle, experte en site geocities dans les années 90, elle qui adolescente en a ouvert, j’aime imaginer plus de 100, sur des sujets tous plus intéressants les uns que les autres, j’ai décidé de faire de moi un geek. Un peu mu aussi par l’idée de faire de moi une Anne Frank ou une Zlata Filipovic (moins la guerre), mais surtout par la dernière lecture que Benjamin a fait: Journal à quatre mains de Benoite et Flora Groult. Un journal intime écrit par ces deux femmes, qui deviendrait plus tard de grandes écrivaines (ou de grands écrivains pour les formalistes), au temps de leur adolescence. Benjamin me faisait remarquer à quel point elles écrivaient bien et je me suis demandé si je pouvais en faire autant. (je ne prétends pas y être arrivé ou même y tendre, mais peut être qu’avec un peu de pratique…). Finalement, je me disais justement dernièrement qu’on oubliait beaucoup de choses dans la vie, beaucoup trop de choses et que ça serait bien de pouvoir se remémorer des souvenirs de temps à autre (moins la nostalgie), alors pourquoi ne pas consigner mes aventures par écrit alors qu’elles sont encore fraîches.

