Morne ? Terne ? Vide, peut être ?
J’ai tendance à utiliser le vocabulaire de manière abusive je crois. Ordinaire. Ordinaire serait plus approprié pour décrire ce vendredi soir.
Ordinaire, comme le dit le Robert bien sûr, “Conforme à l’ordre normal, habituel des choses; sans condition particulière”, mais de la même manière “ordinaire” comme dans l’expression québécoise contemporaine : “C’t'ordinaire” pour affirmer que quelque chose est décevant.
Je ne sais pas trop ce à quoi je m’attendais en ce vendredi soir du 20 septembre 2008. Un vendredi soir ordinaire comme l’été qui nous quittera dans 2 jours, soit lundi à 15h44. Un été ordinaire, entre autres, au risque de choquer par le manque de profondeur de ce commentaire, à cause de la mauvaise température qui a sévie (vous voyez bien que j’abuse des mots), mais surtout parce que cet été, je l’ai passé le cul sur la paille, parce que j’y ai perdu ma job, sans oublier le fait que la chance ne m’aie pas sourie au cours du dernier grand rut de printemps. Un été toutefois heureux au travers duquel j’ai navigué souplement au côté de mes meilleurs et fidèles amis. Ces mêmes amis qui ce soir semblait nager dans des eaux différentes des miennes. Je dois avouer souffrir par moments d’un besoin de socialisation intense et irrépressible, mais je me suis dompté avec l’âge; je suis plus posé, pour ainsi dire.
Alors que fait tout ce beau monde ce soir alors que moi j’ai envie d’une soirée endiablée entouré de mes meilleurs amis; des vapeurs de l’alcool qui montent à la tête jusqu’aux glitters qui tombent du plafond (sur nos têtes bien sûr) ? Pourquoi ne pas faire une liste de leur occupation respective. Une liste. C’est plate ça une liste. C’est ordinaire une liste, au sens ordinal. Oui, une liste, ça représente bien ce vendredi soir ordinaire.
- Joelle, mon amie et collègue universitaire parfois un peu zélée (et drama queen) et qui m’assassinerait probablement si elle savait que j’étais en train de parler d’elle ainsi (et elle va sûrement le savoir demain matin), a décidé de prendre rendez-vous avec son superviseur de stage à peine deux semaines après le début de la session. J’aime bien m’imaginer qu’elle l’a fait pour avoir l’air d’une étudiante entièrement dédiée à ses apprentissages et pour éviter, comme moi, d’avoir l’air de ne pas s’impliquer en prenant son rendez-vous le plus tard possible, à l’heure la plus tardive possible (parce que j’avais peur d’être en retard si je le prenais trop tôt – pourquoi se réveiller à 6h30 du matin pour aller rencontrer un superviseur de stage; je ne comprendrai jamais). Toujours est-il que Joelle a pris son rendez-vous sans considérer l’ampleur des travaux qu’elle devait lui remettre en ce beau lundi matin du 22 septembre. C’est ce qu’elle fait ce soir…
- Simon, mon ami indécis qui ne peut jamais se décider à faire quelque chose plus de 5 minutes avant l’heure de l’événement en question, ne semblait toutefois pas enclin à faire la fête ce soir. Il faisait un devoir qui aparemement faisait partie d’une longue série de devoirs. Il est étudiant au bac, mais me semble-t-il et à l’écouter parler son programme exige la rédaction d’une thèse doctorale de manière hebdomadaire. Aussi parfois hypocondriaque (qui suis-je pour parler), il croyait être tombé malade (sans doute au cours de ses treize heures de sommeil dans la nuit de jeudi à vendredi).
- Patrick, mon ami-vidéoclip, regardait des vidéoclips, seul dans son salon au cours de cette soirée qu’il a lui même baptisé les vendredis pot/poppers. Je me questionne encore quant à ce qui motive quelqu’un a consommé des poppers en regardant des vidéoclips. Je devrais peut être me renseigner un peu plus sur les fétiches. Cette liste me semblait pourtant exhaustive [http://www.thefetishlist.com/definitions.htm] et le fétiche des vidéoclips n’y figure pas…
- Benjamin, mon meilleur ami et colocataire semblait willing pour faire quelque chose si le monde faisait quelque chose. Compréhensible, grosse semaine à l’école. Je ne sais pas pourquoi, on dirait que je suis plus compréhensif avec Benjamin. Peut être que je suis comme un petit animal bien dressé. On a fini, fidèles à nos habitudes, par jouer un match de Quelques arpents de pièges où je me suis fait complètement torché et au cours duquel j’ai appris que l’inconnu Johnny Ray avait eu un tube très populaire intitulé Cry en 1952, que dans les ligues professionnelles, on jouait au baseball le soir seulement depuis 1935 et qu’en 1964, Michael Caine jouait aux côtés de Shirley MacLaine dans le célèbre film Un hold-up extraordinaire.
Tout ça pour dire qu’à minuit tapant, après une dizaine de coups de téléphone (est-ce que c’est une expression lexicalisée ça ?) tristement infructueux, je me suis retrouvé seul dans ma cuisine à regarder la finale olympique masculine des exercices au sol sur le site de Radio-Canada avant de chercher sur Internet si Kyle Shewfelt ne serait pas gay. Il ne l’est pas.
Soudain, j’ai une idée de génie ! Je vais aller lire le blogue de mon amie Joelle auquel je n’ai jamais accédé et que je n’ai jamais lu. Quelle ne fut pas ma déception en me rendant compte que son blogue était privé et qu’elle devait m’autoriser afin que je puisse accéder à sa page. J’ai pensé la réveiller à 1h20 du matin pour lui demander de m’autoriser, mais suis revenu sur ma décision… C’est alors, qu’avec une très grande inventivité et tous les tours dans mon sac, je me suis dit: “Si je ne peux pas lire un blogue, je vais en écrire un.”
Inspiré par Joelle, experte en site geocities dans les années 90, elle qui adolescente en a ouvert, j’aime imaginer plus de 100, sur des sujets tous plus intéressants les uns que les autres, j’ai décidé de faire de moi un geek. Un peu mu aussi par l’idée de faire de moi une Anne Frank ou une Zlata Filipovic (moins la guerre), mais surtout par la dernière lecture que Benjamin a fait: Journal à quatre mains de Benoite et Flora Groult. Un journal intime écrit par ces deux femmes, qui deviendrait plus tard de grandes écrivaines (ou de grands écrivains pour les formalistes), au temps de leur adolescence. Benjamin me faisait remarquer à quel point elles écrivaient bien et je me suis demandé si je pouvais en faire autant. (je ne prétends pas y être arrivé ou même y tendre, mais peut être qu’avec un peu de pratique…). Finalement, je me disais justement dernièrement qu’on oubliait beaucoup de choses dans la vie, beaucoup trop de choses et que ça serait bien de pouvoir se remémorer des souvenirs de temps à autre (moins la nostalgie), alors pourquoi ne pas consigner mes aventures par écrit alors qu’elles sont encore fraîches.

Quel plaisir de lire ton blog ce matin Alex! Tes talents (inconnus) d’écriture me renversent moi qui n’avait jamais pu lire tes fameuses chroniques d’Australie (les mystères des mails perdus).
Pour une fois, je peux me vanter que mon vendredi soir était plus palpitant que le tien: danse sur des succès pop 90, un verre de vodka-gourou dans le corps pour tougher (est-ce que c’est lexicalisé ça?!) la run. Une bien belle soirée, le diable au corps. Tentative de régression contrôlée.
J’attend tes prochaines aventures, ordinaires ou pas.
Catherine
j ai les e mails de l australie dans un beau cahier bleu. gracieusete nicole menard.
se remémorer “sans nostalgie” ! autant écrire l’aventure sans l’avoir vraiment vécu ! sans avoir aimé ! le pire c’est les redites ! c’est sûr !
L’avantage du vécu, c’est que ça nous permet d’être plus précis, plus “court”. Si c’est trop long, c’est que c’est juste pas très bien écrit.. et… donc… “chiant” ! 

C’était drôle pour un première visite
Jeff.