Je n’ai jamais aimé les hommes. À leur abord, je me tais. Il ne m’inspire rien ou lorsqu’ils le font, ils m’inspirent le dégoût, la frustration, la condescendance, mais très rarement le respect. Bien sûr, ma pensée n’est pas univoque et il y a bien sûr ces hommes extraordinaires, généreux et sensibles qui ont su se tailler une place dans ma vie. Ce sont des hommes qui, à mes yeux, ressemblent à de véritables êtres humains.
C’est mon incompréhension du genre masculin qui me perturbe. Je ne me suis jamais senti femme, mais je ne me suis jamais senti homme non plus. J’arrive rarement à percer le mystère d’un homme et sa sensibilité. Fait encore plus étrange, au contact d’un homme, je me sens tout petit. Très petit.
On peut dire que je suis bien de mon temps et de ma société. J’ai beau tenter d’y échapper, mais dans mon iconographie de la masculinité, comme dans celle de milliards de personnes, l’homme symbolise la force, la puissance et surtout la protection; paradoxalement, c’est à la fois ce qui m’attire et ce qui m’effraie chez les hommes.
En tant que gay vivant dans un monde d’hommes et de femmes, j’ai dû développer des stratégies pour arriver à socialiser habilement avec des gens de tout genre. Ma première solution fut la suivante: me taire. Bien que cette solution soit très efficace, elle n’est que palliative. Je ne peux pas passer et, surtout, ne veux pas passer ma vie à me taire devant les hommes. J’ai aussi pensé à fuir. Lorsque je suis entouré d’hommes, il m’arrive de prendre mes jambes à mon cou, mais cette solution pose le même problème que la première, sans oublier que l’on a parfois besoin des hommes…
Lorsque je suis terrifié par la virilité que dégage un homme, j’ai parfois recours à l’imitation. Toutefois, si je parle je suis cuit. Je fait semblant d’être hétéro: marcher les jambes écartés, avoir l’air chill, dodeliner de la tête, faire la gueule et surtout dissimuler le plus possible le rose de mon t-shirt sous ma veste noire. C’est pratique, mais ça ne règle toujours pas le problème de communication. C’est pourquoi, j’ai dû faire des études. J’ai appris, comme un perroquet, quelques éléments de culture de gars pour qu’ils arrivent à croire que je suis un de leur chummy. Quelques noms de joueurs d’hockey et aussi quelques règlements. Par exemple je sais ce qu’est un tour du chapeau. Il faut aussi savoir le nom de 3 ou 4 pièces automobiles, même si on n’a aucune idée de ce à quoi elles servent. Il m’a aussi fallu apprendre à regarder des films d’action et à en connaître les héros Finalement, j’ai appris, non sans difficultés, à me débrouiller à quelques jeux de tir subjectif pour éviter d’être mis à l’écart dans une soirée.
Cette dernière solution marche assez bien si l’on est prêt à s’inscrire dans un programme de formation continue. Il faut être de son temps. Parler de Vincent Damphousse en 2008 est une erreur qu’un gay ne peut absolument pas se permettre s’il ne veut pas perdre tout le terrain, et le respect, qu’il a déjà gagné auprès des hommes. Il faut s’assurer de mettre constamment à jour ses connaissances.
Je ne suis pas misandre. Malgré tout ce que j’ai pu écrire depuis le début de ce billet, j’aime beaucoup les hommes et j’ai beaucoup d’amis hétérosexuels que j’adore. De plus, je ne voudrais jamais devenir un gay ghettoïsé au possible. J’aime la diversité: je la célèbre ! Seulement, au contact de certains hommes, je suis mal à l’aise et je ne sais pas trop comment les aborder. Je ne suis pas le seul. La plupart des mes amis gays éprouvent le même sentiment que moi. Je crois même que, de tous mes amis, je suis celui qui apprécie le plus la présence des hommes hétérosexuels. Je me suis d’ailleurs retrouvé à maintes reprises dans une proximité plus qu’approximative d’hommes hétérosexuels.
Dernièrement, un de mes amis gays a dû surmonter ses peurs avec beaucoup de courage en se rendant au garage pour faire un changement d’huile sur sa voiture. Aller au garage ! Quelle expérience traumatisante pour un gay ! C’est déjà traumatisant pour une femme et en plus, elles ont le pouvoir de séduction dans la balance… Imaginez pour un gay !
Pour en venir aux faits, mon ami devait stationner sa voiture au-dessus d’une fosse par laquelle les mécaniciens, à partir de l’étage inférieur, pourraient avoir accès au dessous de sa voiture. Légèrement stressé, mon ami, qui est pourtant un excellent conducteur, s’est mal garé. Répondant à la demande du mécanicien, il repositionne la voiture. Sans même qu’il ne comprenne ce qui est en train de lui arriver, sa roue avant va se loger, oui oui, vous l’aurez deviné, dans la fausse ! La voiture est à-demi suspendu dans les airs au-dessus du trou et surtout indélogeable ! Le garagiste poli, autant qu’il est possible de l’être, a fait venir une remorqueuse qui arriva au bout d’une heure et d’un paquet complet de cigarettes. Et voilà… d’un seul coup toute la confiance qu’il s’était bâtie et sa dignité se sont envolés.
L’autre soir, en riant de cette histoire autour d’une bouteille de vin, nous avons eu l’idée d’ouvrir un garage qui viserait une clientèle homosexuelle. On y servirait bien sûr du champagne et autres cocktails dans des salles d’attente luxueuse, mais on serait surtout servi par des mécaniciens gay-friendly vêtus de chiennes de designers qui seraient bien sûr accessorisées au goût du jour. On pourrait trouver à même le garage, que nous avons baptisé, le «gayrage», un salon de coiffure et quelques lits bronzants. Je vous le dis moi, y’a une piasse à faire avec ça !