Ma vie sexuelle comme un jeu de serpents & échelles

Aventures sur un jeu de parchésie

Double défi: Alex/moi Mercredi, 18 février 2009

Classé dans : DD - Du(o), Vécu — Alex @ 23:31
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Si vous suivez mon blogue depuis un moment, la plupart d’entre vous me connaissez déjà assez bien, pour peu que vous sachiez lire entre les lignes. La personne que je suis sur mon blogue existe. Bien sûr, c’est une persona, mais qui se rapproche beaucoup de la personne que je suis réellement; je dirais que c’est une version épurée, parfois améliorée, de moi. Pour ce Double défi, qui soit dit en passant me donne du fil à retordre, j’ai décidé de vous présenter quelques aspects de ma personnalité; la définir dans son ensemble serait, évidemment, une tâche beaucoup trop complexe.

Grande gueule ?

Je ne peux nier le fait que je suis très loquace et l’on pourrait, si l’on me juge rapidement, penser que je suis une grande gueule. Mais je ne le suis pas vraiment, je suis juste très sociable. D’un autre côté, sans nécessairement chercher à attirer l’attention, je dois avouer que je passe rarement inaperçu dans une soirée. Mais je ne pense pas être la Grande gueule: L’original. Vous me le direz si je me trompe, mais je ne suis pas fatigant… pas trop en tous cas. J’aime être entouré et fêter.

Aussi , quand je rencontre des gens pour la première fois, j’ai une réaction étrange: ma timidité et ma nervosité me poussent à parler davantage et surtout plus rapidement. C’est aussi toujours dans ces cas-là que je sors mes blagues les plus déplacées. Après les avoir faites, je me mords les joues pendant une bonne demi-heure et je me jure de ne plus jamais recommencer… et je recommence.

Hypocondriaque

Quand j’étais petit j’avais un grand frère qui m’en faisait voir de toutes les couleurs. Lui et ses amis, qui aimaient beaucoup se battre, semblaient trouver l’activité encore plus amusante si j’y participais. Moi, déjà pas très batailleur à la base, j’étais beaucoup plus petit qu’eux, ce qui faisait en sorte que je me retrouvais pas mal toujours K.O. dans les cinq premières secondes du jeu. Je me souviendrai toujours de la fois, j’avais 6 ou 7 ans, où lui et deux de ses amis m’ont fait basculer sur le dos; vous savez quand on tombe sur le dos et qu’on en a le souffle coupé. C’était la première fois que ça m’arrivait, moi qui avait pourtant beaucoup d’expérience en dégringolade d’escalier. Après cet événement, j’ai passé un bon deux mois à me dire, en m’endormant le soir, que je me réveillerais sûrement paralysé le lendemain.

Ça a été le déclencheur de mon hypocondrie. Depuis ce jour, ça n’a jamais arrêté. J’ai pensé avoir contracté des ITS avant même d’être actif sexuellement, j’ai eu peur d’avoir le cancer parce que j’avais un coup de soleil et j’en passe. Mon père enseignait la biologie, on retrouvait donc chez mes parents tous les dictionnaires médicaux inimaginables. J’ai pensé avoir eu toutes les maladies et je suis devenu un spécialiste du VIH tellement j’ai lu la page souvent; n’est-ce pas l’ultime phobie de tous les gays ?

Depuis la venue de Wikipedia, je pense que je suis encore plus hypocondriaque que je l’étais. Au moindre petit signe, je cours voir Wikipedia et là je dis à mon coloc: «  J’ai un peu mal au coeur. Tu penses-tu que j’ai la maladie de Hodgkin ? » Et là, il lève les yeux au ciel. Mais bon, ça ne m’empêche pas de fonctionner. Je suis juste un peu stressé.

Poser ?

Je suis un faux-skateux. Je n’ai jamais fait de skate de ma vie et pourtant je ne porte presque uniquement que des marques de skate, tant pour mes souliers, mes jeans que mes t-shirt. J’aime bien me glisser dans un de mes hoodies pour me protéger un peu du monde qui m’entoure. (Je suis plus timide que j’en ai l’air. Moi aussi, j’ai mon côté Joelle desfois.) Je pense que j’ai hérité de mon look skater au même moment où j’ai commencé à faiblir pour les skaters (c’était peut-être de l’émulation), quand j’ai commencé à raver. Ça vous ne le saviez pas ! Je suis un ancien raveur.(c’est la graphie proposé par Antidote, mais vous êtes encore chanceux que je ne vous ais pas mis la proposition du GDT qui traduit raver par techno. Exemple: Les jeunes technos ont dansé toute la nuit dans une grande fête techno.)

Donc, j’ai fait pas mal -  lire trop -  de party. Je faisais partie de ce qu’on appelait la Scène et Dieu que j’étais poser. Premièrement, j’étais toujours trop looké, je me tenais dans les VIP et je faisais de l’attitude à tout ceux qui n’avait pas encore fait leurs classes ou qui avait l’air le moindrement clubber. Je n’étais vraiment pas très gentil… Mais bon, c’est du passé, j’étais jeune et aujourd’hui, je suis super accueillant avec tout le monde (ou presque). Pis pour le look, ben je suis juste faux-skateux parce que pour des raisons qui m’échappent, j’étais comme 100 fois plus riche à 20 ans qu’à 29, donc je n’ai plus d’argent pour m’acheter du linge. Ah oui, pis pour le fait d’être poser, ça m’arrive encore desfois, mais j’essaie de faire attention. C’est pas la E ni le speed qui cause la plus grande dépendance quand tu raves… c’est faire de l’attitude.

Romantique

Je n’ai jamais été très chanceux en amour, malgré tout ce que les horoscopes de la terre ont pu me prédire. Mes amours ont toujours été brèves. Je vous mentirais si je vous disais que j’ai longtemps été en amour avec l’amour puisque le verbe de cette dernière proposition ne devrait pas être au passé composé, mais bien au présent. Même si j’aime bien me persuader que tout ça est du passé, que maintenant je suis guéri, que je suis tout simplement optimiste, qu’aujourd’hui je me fous un peu de ce qui peut bien m’arriver et même si je suis plus lucide qu’avant, j’y crois encore…

Paradoxalement, j’ai parfois l’impression de chercher quelque chose qui n’existe pas et je me refuse catégoriquement à m’engager à long terme avec quelqu’un que j’aime à demi. Sans chercher la perfection, je suis conscient que mes attentes sont peut-être trop élevées. Ainsi, même s’il y a des jours où je ressens l’envie ardente d’être en couple, je réalise que je n’éprouve que rarement un véritable désir pour quelqu’un. Je constate que je tombe amoureux beaucoup moins facilement que quand j’étais plus jeune; j’ai rarement des kicks et, pourtant, s’il y a une chose que j’aime dans la vie, c’est justement avoir le kick sur quelqu’un et aussi, la locution avoir un kick sur quelqu’un

Freak but not the crazy bitch

Je ne pense pas être très doué pour le dating. Je m’emballe un peu trop vite, même quand j’essaie de me freiner. Je n’ai pas l’impression d’en faire trop, mais c’est quand même toujours un peu ce que je fais. Je suis incapable de respecter la règle du trois jours ou aucune des autres lois énumérées par Dark ici. Je ne lis pas toujours bien les signes que l’on m’envoie. Je finis toujours par me sentir rejeté et je ne gère pas tellement bien ça. Par exemple, si je fréquente un gars, qu’il est censé me téléphoner et qu’il oublie, pour une raison quelconque de le faire, je m’en fais instantanément. Peut-être même avec raison. Je n’oublierais jamais de retourner l’appel d’un gars qui m’intéresse. Mais ça c’est moi. Je n’avais tellement pas d’amis quand j’étais jeune et donc, personne à appeler que quand j’ai commencé à avoir du monde à appeler, j’étais on ne peut plus excité par cette merveille qu’est le téléphone. Mes amis rient de moi pour ça. Je peux demander cinq fois dans la même heure à -B ou à J. si je devrais ou non appeler un gars que j’ai vu deux fois. -B est moins patient que J. parce que ça fait 10 ans que je lui fais le coup, mais je sens que J. commence à perdre patience aussi.

Cynique/Amer

Étrangement, même si je vieillis, je commence à me départir de mon cynisme et de mon amertume. J’ai eu une période beaucoup plus intense. Mais je dois avouer que je ne me départirai jamais de mon sarcasme et de mon ironie et il m’arrive assez régulièrement de lancer à mes amis (ou à des étrangers) des répliques acidulées. (c’est vraiment laid cette expression, mais c’est quand même moins pire qu’une histoire salée ! Ark!)

Sweet

Mais même si j’ai beaucoup de défauts, je pense que je suis sweet et c’est grâce à ça que mes amis arrivent à accepter tous mes autres défauts. C’est vrai que je suis tout le temps un peu trop dans la vie, même un peu trop sucré. Sweeeeeeeeet! (J’ai quasiment le goût de me mettre un coeur.)

 

Double défi: Joelle Mardi, 27 janvier 2009

Quand je l’ai vu pour la première fois, même avant de connaître Joelle, je savais que je l’aimerais. Quand je la voyais faire son entrée dans les salles de cours, l’air de dire « Je me méfie de vous tous, mais de toute façon, je suis vraiment plus cool que vous » je savais que l’on deviendrait amis. Joelle dans son quotidien, affiche une désinvolture qui m’attire.  Elle est toujours super lookée, mais elle arrive à faire croire que c’est tout à fait accidentel. Elle donne l’impression que son style n’est pas étudié, qu’il n’est pas le résultat d’une imitation quelquonque, mais qu’il est inhérent à sa personnalité et que si elle vivait seule sur une île déserte, elle porterait exactement la même chose.

Joelle, tout comme moi, a souvent l’air blasé et excédé et elle supporte très mal la médiocrité. Quand je l’ai connu, nous entreprenions tous les deux un nouveau cycle d’études universitaires, un peu sur le tard, et comme nous étudions en éducation, notre entourage est principalement composé de jeunes étudiantes fringantes remplies d’espoir et qui se targuent de faire le plus beau métier du monde qui, parfois, ont un peu trop la vocation à notre goût .  Joelle est le genre de personne qui n’a pas peur d’avouer devant tout un auditorium que si elle est en éducation ce n’est pas juste pour le bien des jeunes et de la société, mais c’est aussi pour les deux mois de vacances l’été et les deux semaines à Noël. Non, mais y a des gens qui sont assez hypocrites pour faire semblant qu’ils n’y ont jamais pensé. Come on !

Alors moi, quand j’ai vu Joelle, je me suis dit: « Wow ! Quelqu’un avec qui je vais pouvoir bitcher à profusion et qui va rire de mes bitcheries.» J’ignorais encore qu’elle était probablement plus bitch que moi. En surface, ça ne paraît pas, parce que, contrairement à moi, Joelle est sournoise. Elle est tout à fait franche et elle n’hésite pas une seconde à vous dire ce qu’elle pense de vous directement, mais c’est tellement bien fait, qu’on ne se rend pas compte qu’on est en train de se faire bitcher. Et le soir, en se mettant au lit, et en repassant dans notre tête les événements de la journée on comprend toute la portée de ce qu’elle nous a dit et c’est là que ça fait mal. Ça fait surtout mal, parce qu’à force de la côtoyer, on se rend compte que Joelle a souvent raison.

J’ai quand même décidé de me frotter à cette fille parce que j’avais une attirance particulièrement grande pour elle. Je me suis d’ailleurs souvent dit que si j’étais une fille, je serais peut être comme elle. Après plusieurs années d’amitié, je me rends compte que si j’étais bel et bien une fille, je ne lui arriverais probablement pas à la cheville. J’ai décidé de rester un gars.

Je suis d’abord parvenu à gagner sa confiance et je me suis rendu compte que Joelle avait vu neiger et qu’elle ne prenait plus la chance de prendre un froid. C’est peut être pour ça qu’elle porte souvent des hoodies. Ce sont ces mêmes hoodies qui lui donnent son air bad ass; comme vous le savez, j’ai un faible pour les bad boys, j’imagine que le charme de Joelle a, en quelque sorte, eu le même effet sur moi. Un hoodie, pour Joelle, c’est à la fois une arme et une armure. Une arme, parce que ça lui donne un style à tout casser et une certaine prestance, une armure, parce qu’elle peut s’y enfoncer pour parer les coups et se réchauffer.

Jo était donc plus fragile que je ne la pensais aux premiers abords et je me suis rendu compte qu’elle se souciait beaucoup de l’opinion d’autrui. Elle m’a appris à baisser la voix quand c’est le temps des confidences; je lui ai appris à monter le ton quand vient le temps de s’affirmer. Encore aujourd’hui, desfois, Joelle a des  rechutes de ce côté et je dois lui rappeler que si quelqu’un la juge pour ses choix de vie, ben c’est quelqu’un qu’elle ne veut pas comme ami anyway. Elle fait des progrès je suis fier d’elle.

Je connais Joelle depuis seulement 4 ans, mais j’ai passé tellement de bons moments avec elle que j’ai l’impression que ça fait beaucoup plus longtemps. On s’appelle plusieurs fois par jour, parce que quand quelque chose nous passe par la tête, on a beaucoup de mal à ne pas le partager avec l’autre sur le champ. Joelle, elle est drôle, vraiment très drôle, avec son humour tranchant et parfois cynique. Joelle aime faire le party, vraiment beaucoup, et elle n’est pas difficile à convaincre quand vient le temps de faire la fête.

C’est une fille d’une grande sagesse, parfois les conseils qu’elle prodigue sont plus sages que les décisions qu’elle prend pour elle-même, mais tout de même. Elle a une capacité d’écoute inouïe. Elle est extrêmement attentive et généreuse envers ses amis et sait les protéger dans toutes les situations. Elle est d’une sensibilité et d’une franchise exemplaire. Un être pur.

Je pourrais aussi vous parler de sa grande culture; de sa passion pour les films de Zombie ou pour Buffy the Vampire Slayer; de sa propension à faire jouer du trip-hop dans toutes les occasions, même pour se crinquer avant de sortir; de son amour pour la ville; ou de ses éternels questionnements, mais Jo, c’est beaucoup plus que ça.

Jo, c’est beaucoup plus qu’un billet, c’est un blogue en entier. Et encore !

C’est ma blogosphère à moi !

 

Double défi: thèmes de la semaine Mardi, 20 janvier 2009

Classé dans : DD - Du(o) — Alex @ 10:00
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Cette semaine, sur mon blogue et sur celui de J. dans la chronique Double défi, vous pourrez lire des billets portant sur les sujets suivants:

J., Pédagogue-à-gogo

Alex

Bonne lecture !

 

Double défi: Village Dream Lundi, 19 janvier 2009

Classé dans : DD - Du(o) — Alex @ 17:49
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Décidément, je suis vraiment en retard et J. me demande presque chaque semaine si j’ai bientôt l’intention de relever notre Double Défi, pour que l’on puisse passer à de nouveaux thèmes. Dire que c’est un défi qui est censé être hebdomadaire. Je pense que ça fait 3 mois qu’on s’est donné ces thèmes-là. Mais là, c’est promis, j’écris ce billet et pour les prochains défis, je serai plus assidu.

Si vous avez oublié, ce qui est probablement le cas, le thème en question était Plateau Dream, une sorte d’allégorie, de variation sur l’American Dream. Vous trouverez le billet de J. correspondant au même thème, ici. Suite à la publication de mon propre billet sur l’American Dream, J. avait laissé sur mon blogue le commentaire suivant:

« Je trouve étrange de constater que même maintenant, c’est dans le Village que je me sens le plus à l’aise d’être moi-même, même si ça n’implique pas nécessairement faire montre d’un comportement homosexuel. Est-ce que tu crois que le Village est la nouvelle position géographique liée au bonheur? Le concept du Village Dream est peut-être à nos portes… Le village, là où tout est possible et où la chance sourit aux ambitieux. Le monde hétéro, parfois, me semble tellement hostile à toute forme de changement… »

J’ai trouvé son commentaire particulièrement inspirant et j’ai donc obtenu la permission spéciale de modifier légèrement le thème et de plutôt vous parler du Village Dream, un thème qui, en plus d’être intéressant, à le mérite de bien s’intégrer dans l’ensemble de mes écrits sur ce blogue.

Le Village gay, et tout ce qui en découle, est souvent vivement critiqué à plusieurs égards, tant par les gens qui y évoluent que par les gens qui ne le fréquentent pas, tant par les homosexuels que par les hétérosexuels. Les arguments qu’on entend le plus souvent sont ceux qui concernent le phénomène de ghettoïsation.

De la partie hétérosexuelle, on entend dire que la société d’aujourd’hui est très tolérante de l’homosexualité et donc, que les personnes queers n’ont plus besoin de se cacher et que tous peuvent cohabiter dans les mêmes lieux. La première partie de l’argument n’est pas fausse. Il est vrai de dire que les gens sont de plus en plus tolérants et ouverts à l’homosexualité. Cependant, un des problèmes que cela me pause réside dans l’utilisation du mot tolérance. En effet, le mot tolérance n’implique pas nécessairement une acceptation complète d’un individu et ne supporte pas l’intégration complète de cette même personne à la société. De plus, bien que le concept de tolérance sous-tende que l’on prône le respect d’autrui dans sa différence, d’un point de vue personnelle, la tolérance permet, à celui qui l’exerce, d’accepter, ou de ne pas accepter, ce qui est parfois considéré comme un choix de vie.Ce que je trouve très drôle, c’est quand une mère me dit, et même parfois mes amies: « Tu sais, je n’ai rien contre l’homosexualité, mais j’aimerais pas ça que mon fils le soit, parce qu’il me semble que ça serait plus dur pour lui. » Dans vos têtes !

L’existence d’un Village, que ce soit un ghetto ou non, me semble nécessaire et je ne crois pas que l’on pourra se débarrasser de cette institution avant longtemps. Ne serait-ce par le fait que les membres de la communauté lgbt (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) doivent se déguiser et modérer leurs transports dans les environnements hétéros. Par exemple, comment est-il possible pour un homosexuel d’aller cruiser un gars dans un bar hétéro sans percevoir la menace qu’il risquerait de se faire battre si le gars ne s’avérait pas gay. Non seulement, le gay risque de se faire remercier et pas nécessairement de la manière la plus gentille, mais la méprise deviendra un sujet de blague parmi les amis du gars hétéro qui « a dégagé (ne serait-ce qu’un instant) assez de féminité » pour qu’on l’identifie comme potentiellement gay. Ceci n’est pas une fable, et certains membres de la communauté lgbt ont déjà été battus, et mêmes tués, pour des méprises aussi banales que celle-là. Soit dit en passant, je n’ai jamais vu ou entendu parler d’une lesbienne qui avait tué un gars parce qu’il l’avait cruisé.

Maintenant de la partie queer de la population, et plus spécifiquement de la part de ceux qui se catégorisent comme hors village, on entend souvent dire que le Village gay est un ghetto au coeur duquel ils n’ont pas envie de se cacher. Je répondrai que le Village gay n’est pas un ghetto, soit un lieu social ou une population vit refermée sur elle-même, et que l’idée n’est pas de s’isoler du reste de la population, mais bien de donner un poids social à la population queer, de s’accorder les moyens nécessaires pour dire nous et ainsi faire respecter nos droits de manière collective.

La meilleure preuve que le Village gay n’est pas un ghetto est la perméabilité de ces limites géographiques et psychologiques. Pour revenir à ce que J. disait: « Je trouve étrange de constater que même maintenant, c’est dans le Village que je me sens le plus à l’aise d’être moi-même, même si ça n’implique pas nécessairement faire montre d’un comportement homosexuel.», je trouve que la communauté lgbt montre une beaucoup plus grande ouverture d’esprit quant à l’acceptation de l’identité sexuelle d’une personne, aussi traditionnelle soit-elle. Honnêtement, je ne connais pas beaucoup de gens ayant été mal reçus dans le Village.

Je ne vis pas dans le Village, mais je m’y rends souvent. Et, bien que l’on puisse parfois se fatiguer de vivre empilés les uns sur les autres, parce qu’à certains égards, c’est un peu comme une grosse famille, on peut toujours sentir cette Force.

 

Double défi: L’American Dream Samedi, 20 décembre 2008

Pour tous les nouveaux lecteurs et aussi pour ceux qui ont la mémoire courte, J., Pédagogue-à-gogo et moi avions initié, en octobre, un projet de billets collectifs que nous avions intitulé Double défi. (Vous trouverez toutes les règles en suivant le lien qui précède).  Session intensive, fin de session et stage ont fait en sorte que nous avons manqué de temps pour répondre à notre obligation, mais nous voici de retour en ligne…

Life, Liberty & the Pursuit of Happiness

C’est un défi que je tarde à relever. Lorsque nous nous donnons des défis, J. et moi tentons toujours, en quelque sorte, de nous piéger mutuellement, en proposant à l’autre un sujet qui est hors de son champ d’expertise. En octobre dernier, lorsque j’ai annoncé à Joelle que le sujet que j’avais choisi était l’American Dream, elle semblait bien réticente. Je suis toutefois parvenu à la persuader que ce n’était pas si difficile. Ainsi, Joelle a relevé, sans attendre, le défi que je lui avais lancé. Paradoxalement, c’est moi qui suis resté derrière et c’est moi qui traîne toujours de la patte.

Au moment où j’ai proposé ce thème, j’étais plongé dans la lecture de L’Hotel New Hampshire de Jonh Irving, un roman qui, soit dit en passant, est un de mes préférés et que je recommande à  chacun de mes lecteurs. Si vous vous cherchiez un livre pour occuper votre temps pendant le temps des fêtes, ne cherchez plus, vous avez trouvé. C’est un roman qui met en scène une famille américaine on ne peut plus rêveuse  et dont l’intertexte est truffé de références à la littérature américaine.

J’avais donc choisi d’écrire une nouvelle qui mettrait en scène le rêve américain, mais l’écriture étant ce qu’elle est, mon projet a pris beaucoup d’ampleur que je ne l’avais prévu. J’ai toujours pour projet d’écrire cette nouvelle et de la partager avec vous, mais c’était beaucoup trop élaboré pour que je vous la présente dans le cadre de cette chronique.Voici donc ce que je vous propose en attendant de vous présenter ma nouvelle.

Life

Derrière la notion de rêve américain, il y a l’idée selon laquelle tous les hommes sont libres et égaux et qu’ils ont donc, par le fait même, une chance égale à la vie. Dans cette conception idéalisée de l’Amérique, nul ne peut faire entrave au bonheur d’autrui. Cette idée préconçue et largement véhiculée par l’industrie du cinéma au début du XXe siècle a été le moteur d’une vague migratoire et pour plusieurs des ces gens venus d’ailleurs, cette migration s’est soldée par la désillusion.

L’Amérique est un beau continent et il y fait certainement bon vivre. Tous les habitants de l’Amérique du Nord peuvent même se dire, dans une certaine mesure, qu’ils auront gagné au moins une fois la loto, le jour où ils sont nés en Occident. On peut bien dire du mal de l’Amérique, mais quel Nord américain serait prêt à sacrifier sa qualité de vie afin que l’on puisse venir en aide aux nations qui en ont besoin ? Ce n’est pas aussi simple que cela, mais je crois (et ce n’est pas une grande vérité) qu’une société n’est pas seulement déterminée par ses institutions, mais aussi par chacun des membres qui en fait partie

Cela dit, bien que le rêve américain ait été pour un trop grand nombre de personnes une épouvantable lubie, il faut tout de même avouer qu’en Amérique, il y a quelque chose de précieux: l’espoir.

Liberty

La liberté est la dimension du rêve américain qui me touche le plus en tant que jeune homosexuel dans la vingtaine et pour ça, je devrais bénir l’univers jusqu’à la fin des temps. J’ai eu la chance de voir le jour au sein d’une famille que j’adore et qui a été bien plus que tolérante, mais pleinement intégrante. J’ai eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires et d’être entouré d’amis fabuleux qui m’ont permis de m’épanouir. Je chéris aussi mon coin d’univers, ma ville, Montréal où j’ai toujours pu vivre en sécurité et où je n’ai jamais eu à me cacher.

Tout n’est pas gagné. Il reste encore autant, sinon plus, de travail à accomplir qu’il en a déjà été fait. Une lutte de chaque instant est nécessaire pour élargir le spectre de la liberté, mais au moins, nous avons le droit d’agir sur notre destinée.

Pursuit of Happiness

La poursuite du bonheur ne se fait pas sans heurt et est un concept indissociable des deux premières composantes du rêve américain, puisque leur existence est une condition sine qua non à la réalisation de soi et au succès. Encore faut-il être en mesure de définir le succès. Le problème dans la société nord américaine, c’est que la notion de succès n’est pas plurielle, mais tout à fait unidimensionnelle. Si on est hétéro, il faut tenter de se rapprocher le plus possible de la norme; si on est gay, il faut tenter le plus possible d’imiter les hétéros. Le concept social de succès est beaucoup plus vaste, mais je ne m’attarderai pas à le définir ici: je m’en garde pour un prochain billet.

La poursuite du bonheur est sans aucun doute la quête la plus ludique qu’il soit, l’essence même de la vie. C’est aussi ce qui apporte les plus grandes désillusions. Mais dans une certaine mesure, on aime ça le drame, ça fait quelque chose à raconter; à bloguer.

 

Double défi: thèmes de la semaine Mardi, 21 octobre 2008

Classé dans : DD - Du(o) — Alex @ 1:18

Cette semaine, dans la chronique Double défi, vous pourrez lire des billets portant sur les sujets suivants:

L’American Dream

Le Plateau Dream

Bonne lecture !

 

Double défi: La valeur de l’Immaculé Mercredi, 8 octobre 2008

Classé dans : DD - Du(o), Vécu — Alex @ 2:46

Double défi no 1B

Je ne me souviens pas du jour, ou plutôt de la nuit, – j’imagine que c’était la nuit – où j’ai perdu ma virginité. Surtout que je l’ai perdu quatre fois… Pour un gay, c’est quoi perdre sa virginité ?!?  Je ne me souviens pas non plus d’avoir été vierge. Du moins, pas plus que je ne sente aujourd’hui que je ne le suis plus. Je vous entends déjà me huer et me rappeler à qui mieux mieux que je suis loin d’être vierge, mais la virginité n’est pas quantitative. On est vierge en se couchant, on ne l’est plus en se réveillant. On n’est pas plus vierge après avoir couché avec un partenaire qu’on l’est après dix. De la même manière, on n’est pas plus sale après trente qu’après trois.

D’un autre côté, je crois que la virginité est un état qui se renouvelle sans cesse. On peut perdre sa virginité tous les jours puisque chaque nouvelle expérience, chaque nouveau contact nous replonge dans un certain état virginal. À tous les jours, on fait des choses pour une première fois, comme on passe sa vie à faire certaines choses pour la dernière fois sans nécessairement se rendre compte qu’on ne les refera plus jamais.

J’ai peut être tout oublié de mes premières expériences sexuelles, sans doute parce que je les ai refoulées, mais je me souviens très bien du discours que ma mère tenait à l’époque sur la virginité. Pas que ma mère fut particulièrement prude, ou religieuse, en fait elle ne l’est pas du tout, mais parce que, comme moi, ma mère croit en l’amour. Ma mère disait, de manière très nuancée toutefois, que c’était important de choisir à qui l’on se donnait, que si on couchait à gauche et à droite on désacralisait en quelque sorte l’acte sexuelle. Elle affirmait aussi que les contacts sexuels devraient être réservés aux gens que l’on aimait sincèrement. Notre corps est un cadeau pour l’être aimé et si on l’a donné aux premiers venus comme une Marie-couche-toi-là, il ne nous restait plus grand chose à offrir.

Je n’ai pas entièrement évacué les propos de ma mère de ma vie. Je les ai réinterprétés pour en garder l’essentiel – au moins dans ma tête. On ne fait jamais vraiment l’amour que quand on aime vraiment. Le reste: c’est du cul.

 

Double défi: premiers rendez-vous Dimanche, 5 octobre 2008

Classé dans : DD - Du(o), Vécu — Alex @ 5:11

Double défi no 1A

Je suis souvent allé au restaurant avec des étrangers. Presque aussi souvent que j’y ai mangé avec des étranges. Ces garçons d’abord, plus tard des hommes, fruits pour la plupart de rencontres virtuelles, ont tous été mes vis-à-vis. Ils se sont succédés au fil des ans, comme dans un long continuum, comme si moi, je n’avais jamais quitté la table. Malgré mon inclination pour les plaisirs gastronomiques, mes rendez-vous n’ont bien sûr pas tous eu lieu dans des restaurants. Toutefois, à maintes reprises, je me suis retrouvé dans de biens mauvaises postures…

Par une belle journée d’été, pas pour le cliché, mais parce qu’il faisait vraiment très beau ce jour là, je magasinais au Centre-Ville avec Benjamin. J’avais 22 ans. C’était la belle époque; celle où il était encore possible de trouver de beaux vêtements dans les magasins; celle où j’avais encore de l’argent pour me les payer. Dans les cabines d’essayage, je me pavanais dans un ensemble une pièce qui rappelait vaguement une chienne de mécanicien. Nos regards se croisèrent.

À quinze ans, dix-sept ans ou vingt-huit ans, j’ai toujours ressenti le désir monter en moi de la même manière. Je fige. Je fixe. Une onde diffuse se répand dans tout mon corps. Mon sourire s’élargit. Je ris. Je ris comme une idiote. D’abord intérieurement, puis, sans même le vouloir, je laisse le son s’échapper, généralement, ça sonne plus comme un gloussement. Je regarde Benjamin avec un grand sourire et il s’explique, sans la moindre hésitation, mon air ébaubi. Le plancher s’ouvre sous mes pieds, mais je flotte. Je flotte dans toute les directions.

Comme encore il nous arrive souvent de faire aujourd’hui, c’est Benjamin qui a fait tout le travail. Dans les bars, je demande fréquemment à Benjamin d’aller voir des gars en mon nom pour leur dire: “mon ami te trouve cute”. Remarquez que je n’ai jamais vraiment su ce qu’il leur disait réellement. C’est ainsi que cette fois-là, il m’a obtenu le numéro de téléphone de David Paradis. (Je peux le nommer, théoriquement il ne lie pas ce blogue)

Quelques jours plus tard, je me décide à l’appeler. Cette première date, je vous révèle tout suite le punch, serait aussi notre dernière. J’en oublie les détails. Je me souviens que nous sommes allés souper au Bistro 923 sur Rachel, je me souviens que nos pères portaient le même nom, soit Gaëtan avec un “e” tréma et non avec un accent, que par coïncidence mon père avait acheté un tour à bois de son père quelques années auparavant, que, quelques heures plus tard, j’allais me faire sauter par le fils de l’ex-propriétaire du tour à bois de mon père dans la pièce sise au-dessus dudit tour à bois.

Dans toute cette histoire, ce qui m’a le plus marqué, c’est que c’était une date exceptionnelle. David et moi nous étant vraiment bien entendu, je pris la chance de le ramener chez mes parents, où j’habitais toujours à l’époque. Il a dormi et bien plus chez-moi, avant de me laisser à l’aube en m’embrassant. Dans un élan de galanterie il m’a demandé de ne pas le raccompagner à la porte, prétextant qu’il aimait me regarder dormir et prétendant qu’il me rappellerait le soir même.

Je n’eus jamais plus de nouvelles. Jamais plu il ne répondit à mes appels, jamais plus il ne me rappela. Je n’y comprenais rien. Pour moi, la seule explication logique était la suivante: il était mort.

Au bout de deux semaines sans nouvelle, j’ai décidé d’approfondir mon enquête en téléphonant à son travail.

-Hostellerie la Rive-Gauche.

-Bonjour, j’aimerais prendre une réservation pour vendredi soir.

-Oui.

-Est-ce possible d’être assis dans la section de Davide Paradis ? demandai-je, bien confiant d’entendre la réceptionniste me répondre d’un ton affligé : “Je suis désolé. David est décédé”. Mais elle me répond plutôt, sans savoir combien ce qu’elle allait me dire pourrait me perturber:

-Oui, sans problème

Un ou deux silence se passèrent. Un sentiment de panique monta en moi: “Fuck ! Y est pas mort !”

-Vous aimeriez être dans sa section ?

-Pardon ? …excusez-moi… je vous parle d’un téléphone cellulaire… je vous entends très mal… je vais rappeler.

J’ai raccroché

L’humiliation même ! Et pour être bien sûr de ruiner ma réputation, lorsque je recroisai par hasard David Paradis sur la rue quelques semaines plus tard, je portais exactement la même chose que je portais lors de notre dernier rendez-vous.

Aujourd’hui, si j’accepte encore à l’occasion de partager mon vin avec un étranger, je n’ai plus l’impression que j’avais lors: celle d’avoir rendez-vous avec l’amour. Mais je suis content d’avoir su garder l’espoir à ma table.

J’y crois encore.

 

Double défi: concept Mercredi, 1 octobre 2008

Classé dans : DD - Du(o) — Alex @ 0:59

Double défi, c’est le titre d’une émission pour enfant des années 80 dans laquelle les participants plongeaient gaiement dans un hamburger géant pour y retrouver un fanion. C’est aussi le titre de la nouvelle chronique que vous pourrez lire simultanément sur mon blogue et sur celui de Joelle.  Nous avons décidé d’ouvrir une fenêtre qui nous permettrait de réfléchir parallèlement sur différents sujets. Chaque semaine, nous nous imposerons mutuellement des sujets sur lesquels nous tenterons de discourir de différentes manières et à travers des procédés littéraires variés. Ils pourraient même nous arriver à l’occasion de nous imposer des contraintes littéraires. Vous êtes également invités à nous proposer des sujets si vous avez envie de nous entendre nous exprimer sur un thème précis ou si tout simplement, par pure cruauté, vous auriez envie de nous voir nous débattre en tentant d’écrire sur un sujet particulièrement difficile à traiter. J’espère que vous aurez du plaisir à lire cette chronique. Sur mon blogue vous retrouverez en rouge les sujets que Joelle m’aura proposés et en violet ceux que je lui aurai imposés. Cette chronique devrait apparaître sur nos blogues respectifs tous les samedis et mercredi.

Voici donc les deux sujets de la semaine:

Pour une histoire d’un soir: première date

Perdre sa virginité

Gardez l’antenne !